000000000

Numérique & nouveaux publics

Le numérique : un outil de la transmission culturelle

L’Oeil du Public vous propose une sélection d’articles synthétisés autour de sujets qui font les grandes tendances de l’actualité culturelle.

__

Les inégalités limitant l’accès à la culture « classique » sont principalement socio-culturelles, et majoritairement liées à l’éducation, plus particulièrement l’ensemble des ressources culturelles transmises par la famille. Les moyens financiers, ainsi que le lieu de résidence, sont aussi des freins à la fréquentation des lieux culturels, tels que les musées, les théâtres.

Voici plusieurs cas d’utilisation du numérique comme support de transmission culturelle, permettant de s’interroger sur les différentes manières par lesquelles le numérique donne à certains publics l’accès à des lieux et contenus culturels.

L’accessibilité pour les personnes en situation de handicap

Le numérique permet de faciliter l’accès aux personnes en situation de handicap via la mise en place d’outils pensés par le Ministère de la Culture. Le schéma pluriannuel de 2021 d’accessibilité numérique stipule l’importance de l’adaptation des outils numériques aux attentes des personnes concernées. Cela peut passer par la mise en place de livres numériques, ou d’opérations telles que « culture chez nous », ou « été culturel », qui permettent d’aider à la participation autonome à la vie culturelle pour les publics en situation de handicap.

La conférence de Metis intitulée « Inclusion ou exclusion des publics par le numérique » du 6 décembre 2022 revient sur les différentes manières de penser les dispositifs numériques pour l’inclusion. C’est le cas du musée Biotopia, travaillant avec des personnes en situation de handicap et quatre associations afin de bien cibler leurs besoins, et les intégrer efficacement dans leur projet d’inclusion des publics via le numérique. C’est aussi le cas du musée Loire-Odyssée qui travaille activement à faciliter l’ergonomie de ses espaces à l’aide de dispositifs multisensoriels.

Les difficultés de mobilité, liées à l’isolement territorial ou le handicap peuvent aussi être atténuées par l’accès grandissant au numérique.

Le numérique permet de dépasser en partie les inégalités territoriales, notamment les contraintes liées aux déplacements et à la géographie des offres culturelles.

Chasse-sur-Rhône, en Isère, fait partie des communes participant au projet des Micro-Folies, porté par La Villette et le Ministère de la Culture. L’objectif du projet est de fournir du matériel numérique dans le but de faire découvrir les collections de douze grands musées français partenaires du programme, tels que le Louvre, le musée d’Orsay, la Philharmonie, et l’Institut du monde Arabe. La commune propose donc un musée temporaire, composé d’un écran géant, d’un vidéo projecteur, de dix tablettes et de cinq casques de réalité virtuelle, qui permettent une diffusion facilitée de collections autrement difficilement accessibles pour ces publics. Ce dispositif permet de donner accès à la culture à des habitants de zones péri-urbaines qui auraient dû effectuer de longs déplacements pour consommer une telle offre culturelle.

Le digital peut aussi être une réponse face à une autre problématique : le manque de place dans les espaces des musées. C’est le cas du Musée départemental d’art religieux de Sées et de son projet Hors les murs. La création de leur musée numérique leur permet de présenter un plus grand nombre de pièces, dont 1000 sur 1300 sont numérisées sur le site. Ce musée précise aussi privilégier les explications concrètes et précises plutôt que des contenus trop scientifiques, afin de rendre ses œuvres plus accessibles.

La diffusion et l’enrichissement culturel de publics éloignés des lieux culturels peut aussi passer par la médiation numérique.

Le musée du Louvre-Lens publie son nouveau Projet Scientifique et Culturel en 2019, dans lequel il s’engage contre différentes inégalités sociales, de l’illettrisme à la pauvreté, en passant par le sexisme et les difficultés d’accès à l’emploi, et propose des pistes d’actions, en lien avec leurs partenaires. Pour la lutte contre l’illettrisme et l’illectronisme, le musée propose notamment la mise à disposition à des postes informatiques et d’un accès gratuit au Wifi, ainsi que de l’accompagnement pour favoriser l’apprentissage des outils numériques.

Le numérique permet aussi au Louvre-Lens de toucher des publics « empêchés » (seniors d’Ehpad, détenus), à qui le musée propose des ateliers et visites à distance grâce à des robots pilotés à distance par le visiteur, accompagné par un médiateur. Le musée a aussi mis en place des stages sur le numérique à destination des grands-parents souhaitant préparer leur prochaine visite avec leurs petits-enfants. 

« Playing Pompidou », désigne la collaboration entre le Centre Pompidou avec l’application Snapchat en l’honneur de l’exposition de Christian Marclay. Cette application, très utilisée par les jeunes, permet de déclencher une expérience auditive et visuelle en réalité augmentée via le QR code de l’exposition, ou via le filtre disponible sur le profil Snapchat du Musée.

La démocratisation de la culture passe aussi par des plateformes inattendues. Le streamer Etoiles, passionné de culture, réalise sur Twitch deux Nuits du Musée, au cours desquelles il effectue deux heures de visite, accompagné d’un médiateur culturel et d’un autre streamer. La première a lieu en février 2022 au Musée d’Art Moderne, et la seconde a lieu en juin 2022 au Château de Versailles. La plateforme propose du contenu en live pour des spectateurs qui réagissent dans le chat, ce qui permet aux streamers d’interagir avec leurs viewers. L’objectif d’Etoiles était que ses abonnés peu attirés par les musées puissent tout de même être happés par la visite, et de les rendre accessibles. La visite offre une plus-value en donnant du contenu exclusif aux spectateurs en ouvrant des salles d’habitude fermées au public.

Les réseaux sociaux peuvent aussi donner aux expositions plus de visibilité. A titre d’exemple, le Musée de l’Armée est le plus visité lors des Journées du Patrimoines de 2022, avec 30932 visiteurs. Le musée a mis en place une politique assumée visant à attirer les 18-25 ans, dont la fréquentation est en nette augmentation. Cette politique se manifeste notamment via un compte TikTok, comptant actuellement 93,4K abonnés, qui met en scène des contenus en référence à la culture geek, appréciée des jeunes.

Cependant, certains avis divergent quant à l’excès de numérique et aux manières de le mettre en œuvre.

La médiation numérique dans les musées est utile, car cela permet de faciliter la découverte et l’approfondissement des contenus proposés. Néanmoins, le numérique ne doit pas remplacer les contenus physiques existants. C’est le cas du Musée Arlaten, qui ne présente plus de cartels en association des œuvres exposées : les informations sont seulement disponibles sur des tablettes situées dans la salle d’exposition. Lucile Garcia Lopez  rappelle l’importance de l’accès rapide et facile aux informations que fournit le cartel associé à une œuvre, qui, selon elle, favorise la découverte. Dans le cas du Musée Arlaten, cela conduit à une perte d’informations. Enfin, dans le cas des musées numériques, on peut déplorer l’absence de médiation physique représentée par les guides de visite.

__

En conclusion, le numérique peut prendre nombreuses formes dans son adaptation afin de permettre la diffusion de la culture à des publics délaissant les musées. Néanmoins, cela doit s’accompagner d’une médiation appropriée et réfléchie afin que l’utilisation du numérique comme outil de transmission culturelle s’effectue dans des conditions optimales. C’est un des objectifs des études de publics, qui permettent, entre autres, d’analyser en amont les besoins des publics en termes de numérique, mais aussi les retombées de certains projets mis en œuvre.

 

© L’Oeil du Public
Suivez-nous sur les réseaux sociaux!

* Champs obligatoires

Inscrivez-vous à notre newsletter !

    Share via
    Copy link
    Powered by Social Snap